Journée de Réflexion Pen Togo-Filbleu sur les programmes scolaires au Togo

Journée de Réflexion Pen Togo-Filbleu sur les programmes scolaires au Togo

Journée de Réflexion Pen Togo-Filbleu sur les programmes scolaires au Togo

La journée de réflexion autour de l’introduction de nouveaux auteurs dans les programmes d’enseignement de français ont eu lieu le mercredi 21 Mars 2018 au Centre culturel Hakuna Matata. Le modérateur, le Professeur Kangni ALEMDJRODO, a ouvert la journée par un mot introductif présentant le cadre et le contexte de la rencontre.

S’ensuivit le mot de bienvenue :

– De la présidente de l’association PEN-Togo, Mme Marthe FARE, qui revint sur le vif intérêt que l’association portait à cette problématique, en tant qu’association d’auteurs et gens de lettres, le désir de partir des conclusions de ces assises comme base d’action à mener dans l’avenir, dans le cadre de plaidoiries et autres.

– De M. NOUSSOUGLO, Président de l’association FILBLEU, hôte de la rencontre dans le cadre de son festival et partenaire de cette table ronde. Qui revint également sur la grande importance que revêtait cette problématique vu la grande vétusté des programmes de français au Topo, en sus de ses remerciements à l’association PEN-Togo pour la rencontre.

En préambule aux échanges, le modérateur définit le cadre de cette rencontre: l’importance que prend la question du renouvellement des programmes de français, tout particulièrement depuis cinq ans. Et ce pour des raisons d’honnêteté intellectuelle envers la jeune génération, envers la production littéraire, envers l’important travail éditorial fait au pays depuis quelques années et qui est à valoriser et face à l’émergence de nouvelles thématiques et questions de sociétés modernes qui n’étaient pas du tout par les ouvrages “classiques”. Faisant une comparaison avec le Bénin voisin, il montra en quoi ces programmes désuets étaient également source d’une méconnaissance de nombreux faits marquants par la jeune génération togolaise.

Il insista enfin sur la nécessité d’être productifs et stratégiques dans le cadre des actions à mener à mener pour pouvoir effectivement sortir de quarante de quasi- inertie des programmes.

Il passa alors la parole à M. DOGBE, inspecteur des écoles, avec cette la question suivante: “Peut-on changer le programme d’enseignement français ? Que se fait-il actuellement au niveau du ministère ?”

ETATS DES LIEUX

L’inspecteur DOGBE articula sa communication autour de deux points:

Qu’est-ce qu’un programme scolaire? Quel est son processus d’élaboration?

Définition: Le programme scolaire est un cadre (juridique et institutionnel) dans lequel les enseignants organisent l’enseignement de leurs cours. La salle de classe est le dernier maillon de la chaîne.

La dernière Réforme date de 1975, dictée par les évènements de Mai 68 en France. Elle fut menée (sous le ministre Yaya Malou de l’époque) par une commission qui plancha durant quatre ans ; cette réforme une rupture d’avec l’école coloniale et l’ouverture à la démocratisation.

L’inspecteur DOGBE insiste sur le fait que : Seul l’état prend l’initiative de changer le programme d’enseignements, ceci via une commission spécialement crée, majoritaire constituée d’inspecteurs. Et dans le principe (le principe seulement) doit être validé au parlement.

Etat des lieux :

– Au premier cycle du secondaire, le programme actuel en vigueur date de Janvier 1986. Et il ne comporte aucun auteur togolais, sur la cinquantaine au programme.

– Au second cycle, deux programmes coexistent (l’Ancien et le Nouveau). Au secondaire, l’enseignement comprend, en dehors des cours l’étude de textes et l’étude d’œuvres intégrales. L’ancien programme ne compte aucun auteur togolais. Le nouveau en compte une dizaine (les « nouveaux » auteurs des années 70-80 : Yves Emmanuel DOGBE, Koffi GOMEZ, Gnoussira ANALLA).

L’inspecteur DOGBE parla enfin du séminaire qui s’était tenu récemment à Kpalimé dans le cadre du PAREC, projet de mise à jour du programme d’enseignement du 1er cycle du secondaire, financé par l’AFD. Expliquant que des commissions étaient actuellement à pied d’œuvre dans le cadre de ce projet pour réviser, alléger et actualiser le programme d’enseignements, de français notamment. Au moins une dizaine d’auteurs devait y être comptés.

Le modérateur passa ensuite la parole à monsieur SEKOU Kadjangabalo, professeur de français, censeur du Lycée Adidogome 1, et représentant l’association des Professeurs et Amateur de Français – Espace Molière Senghor, avec des trois questions : « Quelle est l’expérience du professeur de français ? Comment se débrouille-t-il pour introduire de nouveaux auteurs ? Qu’est ce qui explique l’absence ou le manque de visibilité d’une association de professeurs de français ?

Monsieur SEKOU parla en premier des défis auxquels était confronté le professeur de français dans l’exercice de sa fonction, sa relative impuissance dans le cadre du programme d’enseignement : en effet, le programme qu’il doit suivre lui est remis par son chef d’établissement qui le reçoit lui-même du chef des inspecteurs de sa région. Dans la pratique, il survient un certain nombre de problèmes et contraintes, de fait l’enseignant dispose d’une faible marge de manœuvre.

Il est tenu de suivre le manuel en vigueur (notamment Textes et Activités), et l’introduction de nouveaux auteurs est difficile vis à vis d’une certaine orthodoxie en place.

Au second cycle, le manuel date de 1975 (la Réforme), et le programme n’a pratiquement pas bougé depuis 1991. Et même les œuvres togolaises au programme sont difficiles à trouver sur le marché.

Dans ces circonstances, en général seule l’initiative (très) personnelle de l’enseignant permet d’aborder des auteurs nouveaux et absents du programme officiel.

C’est d’ailleurs pour pallier à en partie à cela que fut créée l’association ATEAF-EMS (Association Togolaise des Enseignants et Amateurs de Français – Espace Molière Senghor) en 2016. Avec pour but de :

  •   Travailler à faire connaitre la production littéraire au Togo
  •   Défendre intérêt des professeurs de françaisDans ce sens, l’association a déjà produit un manuel de littérateur pour les classes de première, avec reconduction des anciens thèmes et introduction de quelques nouveaux auteurs. Un manuel à l’intention des classes de secondes est également préparation, avec notamment pour projet d’inscrire des auteurs togolais pour chaque thème abordé.Enfin, il aborda la question des moyens (matériels et financiers) de production de ces manuels qui constituent une contrainte majeure dans le travail. Et conclut avec la question « Que faire et comment le faire, pour moderniser l’enseignement du programme de français ?

La parole fut ensuite donnée à M. OURO-BAGNA Fousseni, inspecteur d’école.

Après ses remerciements, il revint sur la rencontre de Kpalime dans le cadre de PAREC et expliqua la difficulté de donner plus d’informations dessus à cause d’un besoin de discrétion sur un travail encore en cours et aux résultats non encore publiés.

Il confirma expliqua néanmoins qu’une commission était à pieds d’œuvre pour renouveler le programme : étudier les textes, réunir les auteurs par thèmes et inclure de nouveaux thèmes au programme.

Des textes nouveaux ont donc était réunis et sont à l’étude. Au moins une ou deux œuvres de togolais seront au programme. Il exhorta à apprécier le travail déjà fait et à bien le conduire, en attendant une occasion de s’attaquer au secondaire.

Avant d’ouvrir la discussion à l’assistance, la parole fut donnée en primeur au professeur AMAVI de l’Institut national des Sciences de l’Education, qui revint sur diverses considérations notamment :

  •   Les différentes expériences de ce qui était fait ailleurs.
  •   Les difficultés de l’Association Togolaise des Professeurs de Français pour des raisons structurelles.
  •   L’espoir suscité par les dernières démarches
  •   Les récentes tentatives de mettre à jour un tant soit peu le programme et qui n’ont pas porté de fruit.

Le modérateur conclut donc que : la difficulté majeure est d’ordre juridique : « Tout doit être officiel, validé », en tant que programme officiel national.

DEBAT GENERAL

Les discussions furent ouvertes autour de deux axes majeurs : QUE FAIRE ? Et COMMENT ?

Il y eut donc vif échange avec plusieurs réponses, contributions et commentaires.

M. Cyriaque Noussouglo : insista sur le rôle central des enseignements eux- mêmes vis-à-vis de la situation juridico-administrative et ‘l’absence de manuels. pour sortit cette situation. Leur revenant d’agir de manière volontaire et volontariste pour étudier des auteurs togolais, en attendant un déblocage en amont. Et la nécessité de faire converger les forces et moyens pour produire, étoffer et éditer les manuels.

Le professeur Prosper DEH suggéra la tenue d’assemblées générales de toutes les associations de professeurs et autres acteurs pour définir une démarche commune et faciliter la diffusion des informations.

L’inspecteur OURO-BAGNA Fousséni revint sur les différentes démarchent existant dans le cadre de l’enseignement, notamment la nouvelle approche en cours d’adoption, l’APC (l’Approche par compétences) Démarche, changement d’approche (APC), et sur la lourde question des financements notamment le rôle important que jouent les bailleurs de fonds dans la tenue des activités. On est un peu dépendants de ces derniers.

M. SEKOU appuya sur l’extrême importance du lobbying pour pouvoir réellement engranger les bénéfices des actions, implémenter les résultats, ceci pour éviter de devoir recommencer encore et encore la même chose. « Les travaux ne doivent pas dormir dans les tiroirs ».

M. GUENOU Primus, revint sur la baisse de niveau des élèves depuis des décennies et sur notre incapacité à produire nous-mêmes nos ouvrages.

Mme FARE Marthe s’interrogea sur la question de la qualité des œuvres à introduire. Evoquant également le cas gabonais où les liste des auteurs au programme était renouvelée très régulièrement.

M. Steve BODJONA, auteur et promoteur culturel, revint sur la question de la qualité, celle-ci étant finalement général serait prise en compte dès lors que du mouvement se ferait dans le cadre des auteurs au programme. Il revint surtout sur la question du Lobbying comme étant la clé principale de l’affaire.

 

Il convenait donc de connaitre la cartographie politique et les acteurs en présence. Opérer une synergie des acteurs (Auteurs, Editeurs, Enseignants, Inspecteurs etc…)

Dans cette perspective, M. SEKOU parla de la prééminence du politique et de l’autorité étatique. Il fallait également aider l’autorité, lui faire sentir que des voix s’exprimaient sur la question ; une organisation efficace pour sortir de la léthargie, et mettre en place, à terme, une commission permanente de renouvellement des œuvres.

Sur la cartographie des acteurs, M. BODJONA élargissait l’action au-delà de la seule autorité ministérielle : Faire lobbying au niveau parlementaire, au niveau du président de l’assemblée nationale, du chef de gouvernement, voire du chef de l’Etat. Réunir les différents acteurs concernés (Éditeurs, Associations, Auteurs).

M. Hermas GBAGUIDJI, metteur en scène béninois, montra brièvement la situation des programmes aux Bénin, et les différentes réformes déjà réalisée là-bas. On devait repenser l’ensemble du programme et du système éducatif.

L’inspecteur DOGBE, revint la question des thématiques en expliquant que de nouvelles thématiques («fluxmigratoires», «paix et équité», «genre»etc…) seraient également introduites.

Mme Walia MOURIANA, des Editions graines de Pensées, revint sur la question des imaginaires et des représentations que véhiculaient les différents auteurs et textes choisis, et de la prise encore compte de ces facteurs dans la constitution des programmes scolaires de français au Togo.

Des questions connexes comme les contraintes techniques et structurelles, la faible marge de manœuvres des enseignants, la pénurie des inspecteurs d’école et la baisse graduelle de niveau des élèves furent abordées.

Le Modérateur revint sur la question de la production des manuels : « Comment éditer ? ». Des pistes furent proposées, comme la collaboration entre les associations de professeurs et d’autres acteurs, comme des associations à l’instar de PEN-Togo, des éditeurs ou autres. Notamment pour produire une Anthologie de la littérature togolaise, qui servirait d’ouvrage de référence. Il faudrait également rendre accessible ces ouvrages (la question des coûts). M. SEKOU, représentant l’ATEAF-EMS, se montra très ouvert à une possible collaboration en ce sens.

RESOLUTIONS

Nous retenons donc les éléments suivants :

– Une commission est actuellement à pied d’œuvres pour produire un nouveau programme de français dans le cadre du premier cycle du secondaire.

  • –  Les actions sont globalement tributaire des différents bailleurs de fonds
  • –  L’association ATEAF-EMS a produit un manuel dans le cadre de l’enseignement de français pour les classes de 1ère (Lycée), un autre est en préparation pour les classes de 2nde (Lycée).

– Un travail de Lobbying doit être faire pour faire bouger les lignes et permettre aux autorités compétentes de se saisir de la question.

– Les différents acteurs (auteurs, éditeurs, enseignants, associations etc…) doivent travailler en synergie pour défendre la cause.

– Il est très souhaitable de produire une anthologie de la littérature togolaise, ce qui paverait la voie et permettrait d’avoir référence, une représentation plus juste et actualisée de la production littéraire togolaise, notamment vis-à-vis de la jeune génération.

– Pour une action efficace, au niveau de la production et de la disponibilité des manuels, la collaboration entre les différents acteurs est plus que souhaitable.

Les discussions se poursuivirent autour par une pause-cocktail. Après lecture du rapport préliminaire des assises, les travaux prirent fin à 12h30.

De ce qui suit, il est établi le présent rapport.

Le Rapporteur Principal Ayi Renaud DOSSAVI-ALIPOEH Secrétaire Général de PEN-Togo

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